Archives pour mars 2010

Feindre l’unité en gardant leur liberté : le défi des élus lucides de la majorité municipale d’Amiens

Les doutes régulièrement émis sur ce blog quant aux choix de la Municipalité sont parfois partagés bien au-delà de l’opposition. J’avais déjà relayé les propos d’Emilie Therouin, l’adjointe à la sécurité, concernant le schéma de transport en centre-ville entré en application le 4 janvier dernier. L’élue verte s’est pour cela faite taper sur les doigts : « Un récent billet sur les transports m’a attiré les foudres de collègues et du Maire d’Amiens, qui n’auraient pas trouvé ma ligne éditoriale très « unie et solidaire » » (voir le blog en question).

Le communiste Cédric Maisse, qui n’a jamais la langue dans sa poche, y est récemment allé de sa critique au sujet du prochain passage en régie directe de la Maison Jules Verne. Celui qui a bataillé – sans succès – pour que les parkings de la ville passent justement en régie directe émet cette fois quelques doutes sur l’opportunité de retirer la gestion du musée au Centre International Jules Verne. Qu’importe la contradiction, c’est son jugement sur le mode de décision par la Municipalité qui nous intéresse : « tout est déjà décidé malgré les promesses de concertation avec le centre international Jules Verne. Dès aujourd’hui se réunit un comité de pilotage qui ne peut juridiquement que choisir la régie directe puisqu’il faut des délais minimum pour lancer un appel d’offre en bonne et due forme en cas de délégation de service public » (blog de Cédric Maisse). Eloquent.

« Je savais avant de m’engager qu’il serait difficile de rassembler les différentes sensibilités de gauche », a expliqué le maire dans le Courrier Picard (25/03). Et après ?

Comités de quartier d’Amiens : modèles hier, moutons noirs aujourd’hui

conseilsdequartieramiens.jpgJ’ai effectué mes études de l’autre côté du pays, dans la première moitié des années 2000. Lors d’un cours sur la démocratie locale, et plus précisément sur la loi du 27 février 2002 relative à la démocratie de proximité, la situation d’Amiens avait été abordée par l’un de mes conférenciers. Ce dernier ne pouvait être taxé de partialité et ignorait mes origines. Cela ne l’a pourtant pas empêché de qualifier la capitale picarde de « ville la plus démocratique de France« . Ces mots résonnent encore dans ma tête…

Ses arguments étaient simples : par le dynamisme qu’elle avait su insuffler aux comités de quartier, la Municipalité s’était érigée en précurseur de la démocratie locale. La loi de 2002, selon ce même conférencier, affichait des ambitions moindres que ce qu’avait atteint Amiens. Mon sourire d’alors, ma fierté d’être Amiénois, apparaissent aujourd’hui comme un souvenir.

Pourtant, à écouter Gilles Demailly, nous sommes sortis en mars 2008 d’une période dictatoriale pour entrer dans l’ère du dialogue, voire de la démocratie directe. Le maire l’avait promis : une concertation systématique et intense devait désormais précéder les grandes décisions de la Municipalité. Dans le même esprit,  les conseils d’habitants, tirés au sort, devaient amener l’Amiénois d’en bas à réfléchir à son avenir. Par ces moyens, nous devions revenir de l’obscurantisme dans lequel Gilles de Robien nous avait plongé. C’est le toujours clairvoyant Jacques Goffinon qui le dit : « Autrefois, la Ville d’Amiens était dirigée par une petite secte de personnes suffisantes, celles de sont (sic) cabinet » (voir le blog abandonné de l’adjoint à la fête).

Aujourd’hui, tout devrait donc aller beaucoup mieux, grâce à « une équipe à l’écoute permanente de sa population« , dixit l’adjoint.

Sauf que. L’échec patent de la stratégie de communication de la Ville saute chaque jour un peu plus aux yeux des Amiénois. Les manifestations, les actions coup-de-poing des commerçants de la place René Goblet ne sont que le plus spectaculaire. L’utopie coupable dont fait preuve la Municipalité rend interminable la prise de décision, sans pour autant déboucher sur des choix pertinents.

J’ai repensé aux mots de mon enseignant en découvrant l’article que le Courrier Picard consacre ce samedi 20 mars à l’Union des comités de quartiers. Mis sur la touche depuis 2008 car accusés d’une trop grande proximité avec la Municipalité précédente (n’est-il pas nécessaire pour un comité de quartier de travailler main dans la main avec la Mairie?), les comités se voient aujourd’hui couper les vivres. En attendant leur mort prochaine?

Pour leur signifier qu’après 20 ans de travail, ils ne sont plus que des associations comme les autres, le Premier adjoint en charge de la démocratie locale n’a pas daigné se déplacer. Voilà une nouvelle preuve de la fibre diplomatique de l’équipe en place.

Quant aux  conseils d’habitants, ils n’ont semble-t-il pas encore été en mesure de prendre le relais. De bonne augure pour la démocratie locale…

 

Les commerçants du centre ville d’Amiens manifestent, la Municipalité tâtonne

Manifestation des commerçants d'Amiens« La mayonnaise prend » place René Goblet, selon Thierry Bonté (JDA n°552). Tout va donc très bien, Madame la Marquise…

Le ridicule ne tue pas, même à Amiens. C’est heureux pour le maire et son équipe. Mercredi 3 mars, entre 700 et 900 personnes – selon les observateurs – ont défilé entre la place René Goblet et l’Hôtel de Ville pour dénoncer la fermeture de la place aux voitures. Du jamais vu. Qui ose encore parler de concertation alors que jamais la mairie d’Amiens n’a autant été accusée d’autoritarisme?

Le maire fait aujourd’hui les frais d’une décision bâclée, conséquence d’un précédent conflit, d’un précédent recul (au bénéfice des commerçants de la rue des Jacobins). Reculera-t-il encore une fois? Il s’est déjà penché en arrière : la veille de la manifestation, la Municipalité a opportunément annoncé la réouverture à la circulation de la rue Allart. Le but ? Permettre un meilleur accès au parking 3 Cailloux, dont la fréquentation a brutalement chuté de 42% depuis janvier, et sans doute également restreindre le nombre de participants à la manifestation de mercredi. Sauf que la nouvelle décision municipale implique de rouvrir partiellement la place René Goblet, et donc de répartir de nouveaux sens interdit pour éviter que, de facto, la place ne soit accessible à tous. Tripatouillage consternant.

Gilles Demailly l’explique à tous les médias : il ne reculera pas. Sur France 3, il est même catégorique : « les commerçants ont tort« . Lui seul sait, semble-t-il, que les décisions de sa Municipalité profiteront à terme aux commerces du centre-ville. Croit-il qu’un pas de porte se gère comme une université ?

Autoritarisme, aveuglement et ambition démesurée pour sa ville. N’était-ce pas ce que Gilles Demailly reprochait à son prédécesseur? Enlevons l’ambition démesurée et ajoutons l’amateurisme, nous trouverons ce que nous pouvons désormais reprocher à l’actuelle Municipalité. En haut, tout en haut de la tour d’ivoire qu’il s’est dès à présent constituée, le maire oeuvre déjà à sa propre chute.

On ne peut enfin plus douter que le vaste plan de circulation, sur lequel la Municipalité dit travailler depuis deux longues années, n’a jamais existé ailleurs que dans les rêves de Thierry Bonté.

Cliquez ici pour visionner le reportage de France 3 sur la manifestation

Photo issue du groupe Facebook de l’association « Les commerçants du centre-ville ont du bon sens »



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