Archives pour la catégorie Economie

Goodyear et la mairie d’Amiens : le choix de l’impuissance

Goodyear et la mairie d'Amiens : le choix de l'impuissance dans Economie 3684006712_debc6b60811-300x200Gilles Demailly n’a jamais varié dans ses déclarations, reconnaissons-le. Depuis son accession aux responsabilités, le maire d’Amiens a régulièrement tancé la direction de Goodyear. On l’a entendu saluer les victoires judiciaires de la CGT ou déclarer que la direction de l’entreprise était incapable de régler le problème. On a vu cette banderole, déployée en 2010 sur le fronton de l’Hôtel de Ville : « Les Amiénois solidaires des salariés de Goodyear ». Tout récemment encore, Gilles Demailly pointait la « responsabilité très claire de l’industriel dans cette décision » (sic), façon pour lui de faire les gros yeux.

Il est bien légitime que les Amiénois et leurs élus se préoccupent de l’avenir de l’un des sites industriels majeurs de leur ville. Il est pleinement compréhensible que de l’inquiétude quant à l’avenir des salariés et des sous-traitants s’exprime. La situation sociale d’Amiens, déjà alarmante, risque en effet l’explosion, sous les coups de boutoir que nous subissons depuis le déclenchement de la crise de 2008.

Il est donc parfaitement normal que le premier magistrat d’une ville dans cette situation s’investisse pour parvenir à trouver une solution ou, à défaut, pour amortir le choc.

En revanche, une hostilité permanence à l’égard d’un employeur de cette importance est-elle opportune, fût-elle sur le fond légitime ? Quels que puissent être la moralité et le bien-fondé de la fermeture du site d’Amiens, c’est bien le seul groupe américain Goodyear qui est décisionnaire dans cette affaire. Le pointer du doigt aux côtés de la CGT n’est pas la meilleure manière de lui faire sentir qu’Amiens est une ville où il fait bon investir ou faire des affaires. Plus préoccupant, après le spectacle donné et au regard de cette attitude, quelle entreprise s’enthousiasmera à l’idée d’investir dans notre ville ?

Le Télescope l’a bien rappelé, il est plus que difficile pour des collectivités locales d’avoir une influence sur les décisions de groupes internationaux tels que Goodyear. Il serait toutefois incompréhensible qu’un maire confronté à une situation comparable ne dise rien en expliquant qu’il est impuissant, même si c’est malheureusement la vérité. Doit-il pour autant pousser le zèle jusqu’à faire le procès public de l’entreprise concernée ? S’il ne pourra à lui seul justifier une décision d’investissement ou de simple maintien, un dialogue plus constructif fera peut-être, un jour, pencher la balance dans le bon sens. A défaut, une telle attitude rassurera les futurs investisseurs potentiels.

Quand les bus amiénois arrêtent de circuler dix jours durant, Gilles Demailly évoque dans la presse son inaction, en expliquant sans rire qu’il n’est pas concerné et se contente d’une place de spectateur. Quand Goodyear ferme, il passe au rôle de commentateur en faisant croire, avec sa famille politique, qu’il peut faire quelque chose.

Le doigt levé d’indignation, l’œil sévère, la mâchoire serrée, le maire condamne vainement une multinationale pour les dirigeants de laquelle Amiens est ce nom de code étrange, écrit en rouge en haut d’un paperboard, dans l’un des innombrables bureaux d’un immeuble de l’Ohio. Pendant ce temps, le nouveau réseau de bus oublie de desservir la Zone industrielle Nord le weekend. Drôle de symbole…

Les commerçants en Conseil d’Amiens : qui sème le vent…

Les commerçants en Conseil d'Amiens : qui sème le vent... dans Conseil municipal Les-commercants-envahissent-la-mairie_referenceParallèle amusant. Alors qu’un important mouvement social s’exprime dans tout le pays contre la réforme des retraites, un autre combat agite Amiens : celui des commerçants du centre-ville. Si le premier est abondamment relayé et encouragé par la presse municipale, le second est au mieux passé sous silence, au pire ridiculisé. L’un comme l’autre usent pourtant du même argument : le pouvoir n’a fait preuve d’aucune volonté réelle de concertation, il ne s’est prévalu que d’une démocratie de façade avant de mettre en oeuvre son projet. Seule alternative : descendre dans la rue et protester. Gilles Demailly, lui, sait distinguer le bon du méchant : la municipalité fait tout bien alors que le Gouvernement fait tout mal.

Le Conseil municipal programmé le 7 octobre n’a pu avoir lieu suite à l’irruption, en salle du Conseil, de commerçants protestant contre la fermeture à la circulation automobile de la place René Goblet, il y a près d’un an. Il n’est certes pas normal que le débat démocratique puisse être interrompu par un tel mouvement de protestation. Néanmoins, l’accumulation des mouvements de contestation à Amiens met en question la qualité de la concertation dont la municipalité se prévaut. Gilles Demailly et consorts ont beau descendre dans la rue pour afficher leur appartenance politique, ils n’en adoptent pas moins, une fois closes les portes de l’Hôtel de ville, l’attitude qu’ils dénoncent. Et ce qui devait arriver arriva…

Qu’une municipalité entre en conflit avec une partie significative des commerçants qui composent le coeur de la ville est tout simplement aberrant. Dans nombre d’autres villes, ces derniers font tout au contraire l’objet d’un traitement de faveur et sont souvent associés à l’évolution de la cité qu’ils font vivre.

De leur côté, le maire et ses adjoints cèdent à la facilité en collant une étiquette politique – celle de l’UMP – aux commerçants concernés. Manière détournée de prouver que le combat mené contre la mairie n’est que politique. Cette méthode a un nom : la disqualification, bien utile pour fuir une réalité pourtant criante. La réalité, c’est que la Municipalité a improvisé la fermeture de la place René Goblet, empêtrée dans la promesse non tenue d’un nouveau plan de circulation. La réalité, c’est que devant l’échec de cette mesure – critiquée au sein même de la majorité – Gilles Demailly et Thierry Bonté ont bafouillé des ajustements inutiles, rendant fous les GPS des rares touristes qui s’aventurent désormais dans le centre d’Amiens. Pour entrevoir et dénoncer cette réalité, il n’est aucunement nécessaire de se munir d’une quelconque étiquette politique.

Le Conseil municipal, reprogrammé vendredi dernier, s’est finalement déroulé quasi-normalement. Des commerçants avaient une nouvelle fois fait le déplacement et ont assisté à une partie des débats. Certains d’entre eux ont même reçu la visite, dès le lendemain, d’un adjoint au maire remonté. Pour tenter d’apaiser le climat plus que tendu qui prévaut depuis plusieurs mois entre eux et la mairie ? Bien sûr que non. L’adjoint, dont on ne sait plus s’il est l’élu d’un village ou d’une capitale régionale, a préféré se montrer menaçant, conseillant aux intéressés de ne plus mettre les pieds au Conseil.

La démocratie occupe désormais une place de choix à Amiens : revendiquée dans les manifestations, bafouée dans l’exercice du pouvoir…

Photo d’archive empruntée au Courrier Picard

Réderie d’Amiens : la mairie brade son reste de crédibilité

C’est bien connu: Amiens est désormais un havre de démocratie, exfiltrée avec courage de l’obscurantisme autocratique par une municipalité bienfaitrice. Le maire et son équipe tendent quotidiennement l’oreille aux souhaits de leurs administrés et gèrent, avec eux, une ville dont le mot « concertons » est devenu la nouvelle devise

Ce beau petit scénario a souffert, une nouvelle fois.

Réderie d'Amiens : la mairie brade son reste de crédibilité dans Democratie locale 12690762Le 28 juin dernier, la mairie décide d’attribuer à la Fédération des commerçants du centre-ville l’occupation du domaine public le 3 octobre. Autrement dit, l’organisation de la réderie d’automne. Seulement voilà : cette manifestation d’ampleur a été créée et assurée avec succès depuis 50 ans par l’Association des commerçants du quartier des Halles (ACQH), et cette dernière n’entend pas se laisser dessaisir aussi facilement d’une telle source de revenus. Direction donc le tribunal administratif qui, le 7 septembre dernier, donne raison à l’ACQH en ces termes :  « la décision de la mairie d’Amiens n’a pas été prise dans le but d’une meilleure utilisation du domaine public mais en vue de favoriser la Fédération des Commerçants du centre-ville, ce qui constitue un doute sérieux quant à la légalité de ladite décision. » Du favoritisme, à l’heure de la raison au pouvoir… La Municipalité, humiliée, a donc été contrainte de rétrocéder les droits d’occupation à l’ACQH, qui n’en conservera pas moins une aigreur extrême à son égard, pour assurer la tenue de la manifestation. Le discours officiel de la mairie, qui consistait à opposer l’attitude des méchants commerçants égoïstes des Halles à celle des gentils représentants du bien-être commun, s’est par la suite fait plus discret.

Si la mairie évoque à l’envi les termes de « concertation » ou de « démocratie locale », elle n’en donne opportunément aucune définition. Or, il est toujours plus aisé de débattre au sein d’une assemblée dont on a choisi les membres. Un commerçant de la galerie des Jaccobins explique ainsi son rapprochement avec la Fédération : « je n’étais pas au départ un fanatique de la fédération, mais c’est, de toute façon, la condition sine qua non pour dialoguer avec la Ville qui souhaitait un seul interlocuteur » (Courrier Picard, 4 septembre, l’article ici). La mairie a donc tracé une ligne pour tenter de délimiter ses soutiens et courtisans de ses détracteurs. Conséquence : des tensions de plus en plus vives entre commerçants se font jour, l’épisode de la réderie en étant la plus parfaite illustration.

La fédération des commerçants est née de la propre volonté de la Municipalité, après son accession au pouvoir. Fondée en février 2009, elle est dirigée par Stéphane Conty. Ce dernier avait volé au secours de l’Hôtel de Ville en février dernier, au moment critique de la confrontation entre commerçants et mairie au sujet de la fermeture de la place René Goblet: « contre la polémique et pour le dialogue » répétait-il alors. La polémique, depuis, a fait son nid… A tel point que Stéphane Conty, justement, n’a pas ménagé l’ACQH durant tout le conflit, en l’épinglant notamment sur sa comptabilité, selon le Courrier picard du 10 septembre (l’article ici). Une proximité de vue entre le président de la Féderation et la mairie qui n’a peut-être rien d’un hasard…

Alors que la Ville ne voulait plus voir qu’une seule tête (de préférence celle d’un ami) , la situation n’a jamais été aussi explosive chez les commerçants du centre-ville. Les appels à manifester succèdent aux actions coup de poing provoqués par les décisions municipales.

Même l’innocente et cinquantenaire réderie n’est plus à l’abri des faux pas de l’équipe Demailly, qui devra apprendre un nouveau mot : di-plo-ma-tie.

Barreau TGV Creil-Roissy : la Municipalité d’Amiens cultive les miettes

TGV AmiensA la fin des années 1980, Amiens avait raté cette chance incroyable de pouvoir être raccordé au réseau à grande vitesse. La maigre aura de la capitale picarde, alliée à l’influence majeure du premier magistrat lillois, ont alors coûté à notre ville un bond dans son développement tout en la blessant dans son orgueil. Depuis 1993, à 45 kilomètres d’Amiens, la « gare des betteraves » symbolise cette blessure jamais totalement cicatrisée. Un affront, qui aurait pu dégénérer en saignée, quand cette gare servit d’argument aux défenseurs du projet de plateforme aéroportuaire dans le Santerre.

Certes, on ne le dira jamais assez, Amiens a changé depuis 1989. La ville a cependant manqué ce rendez-vous historique avec le TGV. Il ne se passe d’ailleurs pas une année sans qu’un article de presse ou un discours politique ne fasse référence à cet échec ou relance l’espoir d’une nouvelle ligne Paris-Amiens-Calais. Cette dernière constitue depuis des années l’objet d’un combat dont on ne sait si et quand il aboutira. Fin 2008, les parlementaires de la Somme et de la Côte d’Opale se sont unis pour faire adopter un amendement au Grenelle 1 qui donne une perspective à ce combat. La ligne Paris-Amiens-Calais soulagerait la ligne actuelle Paris-Lille, en voie de saturation, tout en réduisant de manière conséquente le temps de trajet entre Paris et Londres (voir la question au Gouvernement d’Olivier Jardé).

La Municipalité communique aujourd’hui sur la chance « historique » que constitue la réalisation, promise pour 2020, du désormais célébrissime projet de barreau entre Creil et Roissy, qui inaugurerait une connexion entre Amiens et le réseau TGV métropolitain. Doit-on s’en réjouir?

Les élus du Val d’Oise, toutes tendances politiques confondues, sont montés au créneau pour dénoncer ce projet qui, selon eux, se réalisera aux détriments des habitants de leur département. La perspective de 2020 étant encore lointaine, il y a fort à parier que des résistances viendront se heurter aux rêves des élus amiénois.

Pendant ce temps, il est bien évident que le projet de ligne à grande vitesse Paris-Amiens-Calais sera renvoyé aux calendes grecques. D’autant que la bonne amie de Gilles Demailly, Martine Aubry, a utilement précisé lors d’un conseil de communauté urbaine qu’elle veut absolument « que les voyageurs en transit vers le Nord de l’Europe continuent à passer en TGV par Lille« .  La solidarité socialiste unissant les deux édiles devrait donc conduire le maire d’Amiens à faire profil bas et à fêter la construction hypothétique d’un barreau ferroviaire de sept kilomètres.

Avec un trajet entre Amiens et Roissy de 55 minutes et sept liaisons par jour, le TGV sera-t-il pour les Amiénois autre chose qu’un moyen de transport pour les vacances? Il est plus probables que les principaux bénéficiaires de cette liaison soient les habitants de Creil, qui pourront se rendre plus rapidement au travail à Roissy. Les Amiénois travaillant à Paris continueront, eux, de prendre le Corail Intercités.

Doit-on se réjouir de la construction de ce barreau Creil-Roissy? Oui, nous pourrons prendre des photos du TGV dans la gare d’Amiens…

Les commerçants du centre ville d’Amiens manifestent, la Municipalité tâtonne

Manifestation des commerçants d'Amiens« La mayonnaise prend » place René Goblet, selon Thierry Bonté (JDA n°552). Tout va donc très bien, Madame la Marquise…

Le ridicule ne tue pas, même à Amiens. C’est heureux pour le maire et son équipe. Mercredi 3 mars, entre 700 et 900 personnes – selon les observateurs – ont défilé entre la place René Goblet et l’Hôtel de Ville pour dénoncer la fermeture de la place aux voitures. Du jamais vu. Qui ose encore parler de concertation alors que jamais la mairie d’Amiens n’a autant été accusée d’autoritarisme?

Le maire fait aujourd’hui les frais d’une décision bâclée, conséquence d’un précédent conflit, d’un précédent recul (au bénéfice des commerçants de la rue des Jacobins). Reculera-t-il encore une fois? Il s’est déjà penché en arrière : la veille de la manifestation, la Municipalité a opportunément annoncé la réouverture à la circulation de la rue Allart. Le but ? Permettre un meilleur accès au parking 3 Cailloux, dont la fréquentation a brutalement chuté de 42% depuis janvier, et sans doute également restreindre le nombre de participants à la manifestation de mercredi. Sauf que la nouvelle décision municipale implique de rouvrir partiellement la place René Goblet, et donc de répartir de nouveaux sens interdit pour éviter que, de facto, la place ne soit accessible à tous. Tripatouillage consternant.

Gilles Demailly l’explique à tous les médias : il ne reculera pas. Sur France 3, il est même catégorique : « les commerçants ont tort« . Lui seul sait, semble-t-il, que les décisions de sa Municipalité profiteront à terme aux commerces du centre-ville. Croit-il qu’un pas de porte se gère comme une université ?

Autoritarisme, aveuglement et ambition démesurée pour sa ville. N’était-ce pas ce que Gilles Demailly reprochait à son prédécesseur? Enlevons l’ambition démesurée et ajoutons l’amateurisme, nous trouverons ce que nous pouvons désormais reprocher à l’actuelle Municipalité. En haut, tout en haut de la tour d’ivoire qu’il s’est dès à présent constituée, le maire oeuvre déjà à sa propre chute.

On ne peut enfin plus douter que le vaste plan de circulation, sur lequel la Municipalité dit travailler depuis deux longues années, n’a jamais existé ailleurs que dans les rêves de Thierry Bonté.

Cliquez ici pour visionner le reportage de France 3 sur la manifestation

Photo issue du groupe Facebook de l’association « Les commerçants du centre-ville ont du bon sens »

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